Par Patrick
A SUIVRE...
Par rungreg
LES DIX
COMMANDEMENTS
2012
Par Patrick
A SUIVRE...
Dans ma vie de coureur, je m'étais fixé l'objectif de faire ce raid, malheureusement interrompu pour des raisons de sécurité pendant plusieurs années.
Arrivés au DESERT BLEU, un décor étonnant s'offre à nous : de gros blocs de rochers de couleur bleu turquoise au milieu de ce désert. Ils ont été peints par JEAN VERANE, artiste d'origine belge, avec l'autorisation du Président égyptien ANOUAR EL-SADATE.
Nous franchissons 2 cols où nous jouissons d'une vue panoramique exceptionnelle.
Des déserts brûlants
à la terre de glace
Par Patrick
Après avoir couru dans les plus grands déserts du monde avec des températures élevées, je souhaitais connaître l'inverse.
Pour mon 15e raid, j'ai choisi l'ISLANDE qui signifie "terre de glace". C'est une île de 318 000 habitants située au sud du Groenland. Son paysage est composé de 12 % de glaciers, 40 % de sable, 25 % de champs de lave, 20 % de pâturages, 3 % de lacs et seulement 1 % de terres cultivées.
C'est un pays à forte activité volcanique... partout des volcans enneigés dont certains sont désormais célèbres dans le monde depuis 2010.
C'est pour cela que j'ai choisi de participer à l'ICELAND RUNNING ADVENTURE RACE 2012.
Ca commence mal
Après une année 2011 exceptionnelle, j'ai effectué une préparation spécifique de 8 semaines pour cette nouvelle épreuve en 2 étapes de 54 et 58 km. Malheureusement, 10 jours avant la 1re étape, le samedi 25 février, une contracture au mollet gauche m'oblige à stopper brutalement mon entraînement. Pendant trois jours, je fais tout pour pouvoir reprendre ma préparation : glaçage, anti-inflammatoire, électro-stimulation, décontractant, arnica, CH9 et repos. Le mercredi 29 février, je fais un essai et le verdict est sans appel. Ce que je pressentais se produit: la douleur au mollet est toujours présente et m'oblige à arrêter au bout de 15 minutes de course.
J'explose mentalement. Tout ressort avec force, tristesse, état dépressif, rien ne va plus. J'appelle Franck VIANDIER, l'organisateur de la course, pour lui demander d'annuler ma participation. Il est en train de faire son jogging et m'indique qu'il me contactera le lendemain. Je vois mon medecin qui me confirme le diagnostic et je prends rendez-vous avec mon kiné le vendredi. Franck me rappelle et m’annonce qu'il est kiné. Il me demande d'essayer de participer à l'épreuve courte (28 km) en alternant course et marche avec un strapping. Voilà qui me réconforte et me regonfle le moral !
Au pied du volcan
Lundi 5 mars, après 3 heures 30 de vol, nous arrivons à Reykjavik. Transfert en car de 3 heures environ vers le sud de l'île au pied du volcan Eyjafjallajokull, dont l'éruption en avril 2010 a paralysé le monde et m'a bloqué à kathmandou pendant 6 jours (RAID LA NEPALAISE à lire par ailleurs sur rungreg ).
Le lendemain matin est consacré au contrôle et à la vérification du matériel obligatoire par Maxilène, co-organisatrice de l'épreuve : " sac à dos - polaire - coupe vent goretex, c'est bon, voici la lampe frontale OK... le portable, la couverture de survie, le briquet etc... On appose notre signature et c'est bon. Franck nous donne les points GPS qui matérialisent le parcours jusqu'à l'arrivée et m’en prête un. Il examine aussi ma contracture et m'indique que demain matin il me fera un strapping.
Après la sieste, l'après-midi nous partons à pieds à la découverte de notre nouvel environnement : fermes, rivières, ruisseaux et sommets du volcan enneigé. Il fait très froid avec un vent frais. Il y a beaucoup de poneys autour de nous. Ils vivent dehors et sont d'une résistance exceptionnelle compte tenu des températures extrêmes relevées à cette latitude.
La neige est annoncée
En fin d'après-midi, briefing de l'étape de demain.
Distance 54 km - la neige est annoncée en abondance, le balisage et les GPS devraient nous permettre de ne pas nous perdre. Les concurrents de l'étape courte - 28 km (je suis concerné) - partiront en même temps que ceux du long. Au 28e km, ravitaillement chaud et possibilité de se changer. Seule grosse inquiétude en ce qui me concerne, la traversée de rivières, vue la météo. Je l’ai déjà fait en Mongolie, mais la température extérieure était de + 35 degrés. Ici, les conditions ne sont pas les mêmes. Les températures sont négatives.
Le soir, on se retrouve tous ensemble, on parle de tout, de l'étape, de la neige, du vent. C'est très convivial. Il y a une super ambiance.
Le lendemain pas de surprise, la neige est là : 10 cm. Elle est épaisse et collante.
Après le petit déjeuner, Franck met mon strapping. Nous partons en 4x4 dans la grisaille et la neige.
Le lieu de départ est exceptionnel (à côté des chutes de HAIFOSS). C'est magique et idyllique.
L'ambiance est sereine. Après les photos, nous souhaitons que le départ soit rapidement donné car il fait un froid glacial. Le vent souffle et accentue la sensation de froid. A moins 10 degrés, avec un vent de 50 km/h, la température ressentie est de moins 20 degrés.
Avant le départ, Franck nous demande d'être vigilants, car nous allons devoir aller vers les chutes et prendre un chemin glissant derrière.
Une vraie patinoire !
Le départ est enfin donné. Nous partons tous à l'abordage pour nous réchauffer. Je pars derrière avec Jean-Luc. J'aperçois les premiers coureurs. Ils donnent l'impression de marcher sur des œufs. Nous prenons un escalier qui nous conduit derrière les chutes. C'est une vraie patinoire. Difficile de garder l'équilibre. Je reste très concentré car c'est très dangereux. D'un côté le vide et les chutes d'eau, de l'autre une paroi rocheuse verglacée à laquelle je m'agrippe. Mes chaussures de trail n'ont aucune accroche. Elles n'adhèrent pas au sol. La glace est lisse et brillante. J'avance lentement et sans paniquer. Parfois, je me mets à quatre pattes ou alors je m'accroupis et descends sur les fesses. Ce passage est l'un des plus périlleux que j'ai traversés.
Après cette première difficulté, je reste avec Jean-Luc, blessé comme moi, mais aux ischios. Nous décidons dans un premier temps de marcher très vite dans ce paysage blanc enneigé et balayé par un vent violent. La neige continue de tomber et bientôt de véritables bourrasques de grêle déferlent sur nous. C’est le déluge… "Bienvenue en islande". Nous prenons un chemin balisé à gauche. Nous traversons un petit pont, la rivière est déchainée.
Elle charrie de petits blocs de glace. Nous arrivons dans une impasse. La visibilité est quasi nulle. Impossible de discerner quoi que ce soit. La tempête continue. Elle nous empêche de progresser. Je repère un rocher. Je m'abrite derrière.
Le moral en prend un coup
Je commence à m'inquiéter. Des pensées négatives se bousculent. Jean-Luc me demande d'appeler Franck avec mon portable. A cet instant, je distingue les phares d’un 4x4 de l'autre côté de la rive. Nous revenons sur nos pas pour nous abriter dans le véhicule en attendant que la tempête se calme. Le moral en prend un coup car nous sommes à seulement deux heures de course. Dès le retour au calme, Jean-Luc et moi décidons de repartir en alternant course (pendant 5mn) et marche (4 mn) selon la méthode Cyrano. Nous avons en point de mire quatre concurrents : Daniel, Aurélia, Michael et Bertrand. Nous les rejoignons.
Nous traversons des pâtures enneigées. Nous slalomons en grimpant sur des touffes d'herbes pour éviter les nombreux trous. Nous sautons au-dessus de ruisseaux. Nous évitons les flaques d'eau pas complètement gelées. Parfois, la couche de glace est mince et craquète sous le poids du corps. Nous nous engageons pas trop franchement de peur de tomber. Dans cette partie, bien que je sois à mon aise je sens une légère douleur au mollet. Je suis euphorique (endorphine ?) et heureux de courir ce qui est miraculeux. Je songe à une idée folle : "pourquoi ne pas continuer après le 28e km". Je me lance en petites foulées et là, surprise, la course se passe bien, sans difficulté, avec du plaisir et sans fatigue.
Et l'improbable devint miraculeux
Nous arrivons au 28e km, lieu de ravitaillement. Je me retrouve au chaud. Maxillène, qui s'occupe du ravitaillement, me tend un gobelet de soupe chaude et un grand sandwich. Elle est vraiment d'une gentillesse et d'un réconfort qui jouent un rôle déterminant dans ma réflexion. J'hésite entre continuer ou arrêter. Je vais voir Allain, le médecin de la course, qui m'observe et me dit : "Patrick, si tu te sens bien, continue. Si jamais tu as un problème, on viendra te chercher avec les 4x4". C'est ainsi que j'ai décidé de continuer avec Michael, Aurelia et Bertrand. Ce qui était improbable la veille, devient miraculeux et réaliste.
Je repars avec mes compagnons. Je me sens bien de nouveau et laisse derrière moi mes douleurs. Je retrouve de bonnes sensations bien que je sois en-dessous de ma forme habituelle. Je ne sais pas comment mon corps va réagir dans la seconde partie. Quelques flocons de neige commencent à tomber et le froid m'envahit. Le vent soulève des bourrasques de neige. Je discute avec mes compagnons. Quel paradoxe !
Nous sommes loin de tout, coupés du monde avec des conditions météo très difficiles et pourtant courir est agréable. Certains paysages sont assez extraordinaires. Ils correspondent exactement à l’image que je m'en faisais. Nous suivons des chemins qui montent doucement en ligne droite le long de sapins. La neige est partout. C'est parfois de la poudreuse. Elle fait penser à du sable fuyant. Impossible donc de s'accrocher. A d'autres endroits, elle est épaisse, parfois tassée par le passage des 4x4 de l'organisation. L'accroche est bonne à condition de bien viser.
Visibilité réduite
Nous traversons des rivières imparfaitement gelées, ce qui rend délicat leur franchissement. Nous passons sans nous déchausser. Nous n'avons pas le choix. A cet instant, le sang quitte nos pieds. Une fois de l'autre côté, nous courons immédiatement pendant 20 minutes afin de faire revenir le sang et ainsi réchauffer nos pieds. Pendant ce temps, le vent ne faiblit pas, au contraire. Il fouette mon visage que j'ai du mal à protéger avec mon buff du MDS. La visibilité est réduite. Nous restons groupés et solidaires tous les quatre.
L'arrivée de cette première étape est proche. Nous terminons ensemble. La balade que nous avons faite au milieu des volcans enneigés était splendide et restera gravée dans nos mémoires. Dès notre arrivée, nous sommes immédiatement pris en charge. On nous achemine vers un hôtel confortable. Là, nous attendent un jacuzzi (eau chaude à 35 degrés à l'extérieur) et une bonne bière bien méritée. Le soir, au cours du repas, nous avons droit à un briefing sur l'étape du lendemain longue de 58 km.
A SUIVRE...
Par Patrick
Il n'y a pas de rivière à franchir mais un endroit magique s'offre à nous : la traversée d'un champ de lave sur 4 km avec en point de mire l'HEKLA. C'est le volcan le plus connu d'Islande. Culminant à 1491 m, il reste très actif. La dernière éruption date de 2000. On craint que la prochaine soit pour bientôt car il explose en moyenne tous les dix ans, causant à chaque fois de grands dégâts.
Le repas est très convivial. Nous chantons à tour de rôle des chansons paillardes et buvons quelques tonneaux de bière. Le repas est cependant classique pour des coureurs : pâtes bolognaises accompagnées bien sûr d'une excellente bière islandaise.
Après une nuit réparatrice et un petit déjeuner, Franck applique un strapping sur mon mollet puis nous partons en 4x4 vers le lieu de départ.
méthode cyrano
La méteo est parfaite, grand soleil, pas un souffle de vent. La neige brille de mille éclats, tel un diamant. Nous sommes tous prêts pour affronter cette deuxième étape de 58 km. Avec Jean-Luc, nous décidons d'adopter dès le départ la méthode Cyrano (courir 5 mn et marcher 5 mn). Nous partons en dernière position et remontons un à un les concurrents partis devant nous. Au 1er ravitaillement nous apercevons Daniel, 5e de l'étape à ce moment-là. Dès que nous repartons, je rejoins Daniel et pars seul. J'entre dans ma bulle habituelle pour me concentrer sur mes sensations, mon rythme et mon alimentation. J'avance à un rythme que je n'avais pas soutenu depuis longtemps. Pourtant, la douleur et la fatigue n'ont pas disparu. Elles sont là bien présentes, mais cachées et gardées dans un coin de ma tête.
Qu'est-ce-qui a changé depuis hier ? C'est la certitude de savoir que je vais y arriver. Je sais maintenant que je suis capable de terminer ce raid. Je réalise que la limite n'est pas dans mon corps ni dans mes jambes. C'est le mental, ma motivation et mon envie qui me permettent de continuer. Je découvre seul les immensités neigeuses, les étendues totalement vierges, blanches et sans aucune trace. Je m'engage avec l'impression religieuse d'être seul au monde. Le silence est complet hormis le bruit étouffé de ma foulée sur la neige.
tempête de neige
J'aborde le champ de lave et j'aperçois le volcan majestueux HEKLA. Le paysage apparaît dans toute sa splendeur mais le ciel commence à s'assombrir. Je rentre dans un véritable no man's land, où la possibilité de croiser quelqu'un est nulle. Ce passage est impressionnant et je ne réfléchis pas. J'avance au plus vite pour sortir de ce lieu. Je suis avec difficulté le balisage et la trace des premiers. Je m'enfonce parfois dans la neige jusqu'au-dessus du genou. Je négocie les déclivités et évite les trous remplis par la neige. A 1 km du second ravitaillement, une terrible tempête de neige changée en grêle s'abat sur moi. Je commence à me refroidir.
Les 4x4 sont en vue. Je me sens rassuré car le balisage est caché par la neige et j'ai beaucoup de mal à voir les traces de ceux qui me précèdent. Je prends un potage et me réchauffe les mains. J'ajoute une deuxième paire de gants et mets mon coupe vent en goretex.C'est un véritable déluge de neige et de grêle qui s'abat sur nous. Nous sommes à 23 km de l'arrivée. Je repars immédiatement. La neige est épaisse et on ne voit plus aucune trace de 4x4. Difficile de voir le balisage. Le vent glacial m'empêche de progresser.
Le doute, puis la délivrance
A cet instant, j'ai un moment de doute. Je n'arrive pas à imaginer le futur, l'arrivée. Je me demande ce que je fais là. Je ne rêve plus. Il n'y a que le vide dans ma tête. Le temps, la neige, le froid et le vent glacial qui cingle mon visage. J'ai envie de manger. Le soleil a disparu. Les kilomètres défilent lentement. Le rythme est de plus en plus lent. Je sais par expérience que ce type de période difficile passe toujours.
Virage à droite, j'emprunte une route enneigée mais roulante. Il n'y a plus de vent. Je repars avec une énergie que mes jambes ne sentaient plus. Le soleil réapparait. La fin de parcours est techniquement facile. Ce sont en grande partie de larges portions descendantes. Je suis surpris de constater que mes foulées se délient rapidement sans douleur. Je distingue l'arrivée. Je suis heureux d'atteindre mon objectif tellement improbable quelques jours auparavant.
Je suis accueilli par Franck et lui dit avec émotion : " MERCI, MERCI pour ce cadeau".
Le lendemain, nous partons faire un peu de tourisme.
Nous allons voir GULLFOSS, chutes d'eau impressionnantes hautes de 32 mètres plongeant dans une fissure très étroite et dégringolant par paliers. Avec la neige, l'endroit est féérique. Ce sont les plus belles chutes d'Islande. Elles tombent à pic dans une faille qui sépare la plaque américaine de la plaque asiatique.
Nous allons contempler des Geysers (sources d'eau chaude). L'eau, qui entre brutalement en ébullition, est projetée très haut par la poussée de la vapeur.
Nous découvrons BLUE LAGOON. Là, nous nous baignons dans une eau laiteuse à 36-39 degrés. C'est un décor extraordinaire planté au milieu d'un désert de lave.
Le dernier jour est consacré à la visite de REYKJAVIK, la capitale de l'Islande. La remise des prix est effectuée dans un endroit exceptionnel: restaurant panoramique situé au dernier étage et qui tourne lentement avec une vue nocturne imprenable sur la ville.
En conclusion
Ce fut une aventure humaine unique. Ce qui m'a marqué :
- La beauté des paysages.
- La dureté du terrain rendu difficile par les conditions extrêmes.
- La très bonne ambiance entre coureurs.
- Franck Viandier, organisateur de ce raid : un homme généreux et d'une grande gentillesse. Il m'a reboosté et je lui en suis très reconnaissant.
Cette épreuve m'a ramené à l'essentiel. C'est une aventure qui n'a rien de surhumain mais elle constitue une parabole, celle de la vie et de ses épreuves.
La qualité nécessaire pour réussir et surmonter ces difficultés se résume en une phrase de Mike Horn : "la victoire est là quand l'envie de réussir devient plus forte que de perdre".
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