Inespéré
Toujours blessé au pied gauche un an et demi après mon dernier marathon (à Amsterdam), c’est avec un grand soulagement que j’ai bouclé celui de Vienne le 27 avril 2008.
Après une saison cross hivernale négociée sans véritable problème, je m’étais inscrit à cette épreuve. Mais après un mois de
préparation, à raison de cinq entraînements par semaine (65 à 70 km), mon pied n’a pas tenu le choc. J’ai ainsi dû oublier mon programme classique et composer des entraînements à base de vélo,
natation et course à pied (maximum 50’). Plusieurs séances chez l’étiopathe et de nombreux exercices de renforcement des lombaires n’ont pas suffi à me soulager.
En dernier recours, à deux semaines du marathon, je suis allé voir une podologue qui m’a fabriqué des semelles (afin de soulager les appuis sur le sésamoïde) et deux jours avant la course, une
animatrice du marathon expo m’a collé une bande en titane sous le pied.
Bien petit
En arrivant devant les bâtiments des Nations Unies, lieu du départ, et sous un beau soleil, je
me sentais bien petit à côté des autres coureurs. 42 km 195, la distance impose toujours le respect mais plus encore ce jour-là, je pensais à tous ces hommes et toutes ces femmes qui allaient la
parcourir. Pour moi, qui battait régulièrement mon record sur cette distance, c’est comme si le chrono était arrêté.
Le départ (à 9h) sous un beau soleil, suivi de la traversée du pont qui enjambe le Danube, a été magnifique. Dès le premier km, je suis constamment à l’écoute de mon corps. Je suis prêt psychologiquement à abandonner si soudainement une forte douleur apparaît mais prêt aussi à continuer tant que je peux. Je veux rester fort mentalement alors je me force dès le début à ne penser qu’au kilomètre suivant en imaginant, entre chaque panneau, le temps qui se sera écoulé depuis le départ. Je cours au cardio, au début de la résistance douce (80% de ma FCM), à une moyenne de 10 km/h. Les kilomètres défilent : 5ème… 10ème… 15ème… Au 19ème, j’aperçois ma mère dans le public, venue spécialement à Vienne avec nous pour nous voir courir le marathon. Je m’arrête pour l’embrasser et repars.
Je veux savoir
Je ne suis pas très frais mais je préfère ne rien lui dire pour ne pas l’inquiéter. Alors, je
prends mon temps à chaque ravitaillement. Je trempe ma casquette dans les bassines d’eau et bois plus que sur les précédents marathons car c’est pour moi la journée la plus chaude depuis le début
de l’année. Au 21ème km, je vois les concurrents du semi partir sur la droite pour aller franchir la ligne d’arrivée. Pendant un instant, je me demande s’il ne serait pas plus
raisonnable de les suivre et d’en finir. Et puis finalement je me dis qu’il faut continuer. Je veux savoir… savoir si ce marathon de Vienne sera ou non mon dernier marathon.
Arrivé au 25ème km, déjà les premières douleurs apparaissent mais c’est aux jambes que j’ai mal, pas au pied ! Outre ma blessure, moins d’étirements et de kilomètres dans ma
préparation ainsi qu’un poids corporel plus élevé (68 au lieu de 64 kg) en sont peut-être la raison.
Un peu plus loin, je rejoins Jean-Michel, un autre coureur du groupe Thomas Cook, avec qui je pense continuer l’aventure mais il me dit qu’il va ralentir pour ne pas finir trop cassé. Alors j’avance. Seul. Pas moyen de m’accrocher à un autre concurrent. Je dépasse et on me dépasse. Les douleurs s’amplifient. Je commence à avoir mal au pied. Durant les dix km suivants je croise des coureurs venant en sens inverse : ceux qui finiront entre 3h15 et 4h15. On dit souvent que cette expérience est difficile à vivre. Pour ma part, j’ai passé mon temps à observer ce flot incessant avec l’espoir de voir ma femme, très en avance sur moi. Finalement, je la croise au 32ème km (elle est déjà dans le 35ème). Je lui lance quelques mots d’encouragement mais tout se passe très vite. Elle ne m’a peut-être pas entendu.
Finir… quitte à marcher
Je me reconcentre très vite sur ma course. L’idée d'abandonner disparaît peu à peu, quitte à marcher… si possible pas avant le
37ème km. Il fait de plus en plus chaud, alors je m’asperge d’eau à chaque occasion. Je cours toujours… jusqu’au 41ème km où je
décide de faire de la marche rapide pendant une cinquantaine de mètres afin d’éliminer suffisamment d’acide lactique pour garder des forces pour la fin. Je veux et je vais terminer, mais j’en
veux plus. Je veux me faire un petit plaisir, finir avec la manière, au sprint, comme dans tous mes marathons.
Alors, sur les deux cents mètres qui précèdent l’arrivée, tout près du Parlement, je me sens des ailes, comme à Athènes en 2005. J’accélère sur le joli tapis vert disposé sur Heldenplatz avec une
pensée secrète, plus une autre pour ma femme et ma mère. Je franchis la ligne en 4h18, bien loin de mon record et pourtant je suis heureux. Heureux d’avoir pu courir. Heureux d’avoir été jusqu’au
bout car c’était vraiment inespéré. Je ne verrai plus le marathon de la même façon.
Troisième marathon : nouvelle expérience…
Tout sauf du
prévisible
La 25ème édition du marathon de Vienne s’est disputée sous un soleil radieux. Un plaisir au départ parce que le short et le débardeur à 8h30 sont parfois légers, mais un handicap par la suite.
L’acheminement au départ s’est fait facilement. Notre hôtel (Wilhelmshof) est situé près de la ligne de métro. Quatre arrêts plus tard (Kagran), nous apercevons en contrebas la foule colorée des coureurs déjà sur place. L’ambiance est détendue. Je me sens sereine. J’ai d’ailleurs très bien dormi la nuit précédente. Je ne me fixe pas vraiment de temps même si mon mari me rabâche depuis le début de l’entraînement que je peux terminer en 3h45. Mes temps de passage vont dans ce sens. Je me suis préparée sérieusement et régulièrement, mais je m’en moque un peu. Un marathon, c’est tout sauf du prévisible.
Me contenter de ce que je pourrai faire
Nous avions commencé les entraînements ensemble. L’arrêt prématuré de sa préparation m’a atteinte même si je ne lui en ai rien dit. Je sais quel challenge c’est pour lui de courir ce marathon et la compétition amicale et complice entre nous n’est plus de mise. En réalité, je suis plus préoccupée par sa course que par la mienne.
Est-ce pour cela, est-ce parce que je sais que je ne suis pas suffisamment reposée (j’ai enchaîné des semaines de travail très lourdes), mais
mon objectif aujourd’hui 27 avril 2008 est de finir (pas trop loin de mon temps de Tokyo si possible ; 4h04). Je saurai me contenter de ce que je pourrai faire !
Jusqu’au 17ème km j’ai tenu les temps avec un peu d’avance même. Ensuite, malgré un cardio qui affiche 85, 86 % de ma FCM, des ravitaillements réguliers en eau et en gel et le mouillage de la casquette pour éviter le coup de chaud, je sens que j’avance moins. Beaucoup trop tôt sur ce marathon, je commence à sentir des douleurs aux muscles des mollets. Les cuisses tirent un peu.
Je ne pense qu’à avancer
Mes pieds ont gonflé dans mes chaussures malgré une demi pointure de plus. (Les plus expérimentés me conseilleront de prévoir deux paires de chaussures dont une avec deux pointures de plus).
A chaque foulée, je sens mes gros orteils qui tapent contre le bout des chaussures. Le parcours en descente depuis le 20ème ne m’aide
pas. Après le 25ème km, je souffre. J’avance et je ne pense qu’à avancer. Mon cardio me dit que je suis au seuil (88%). Je n’ai pas cette impression. Ma cadence est beaucoup moins
soutenue qu’à l’entraînement à fréquence égale. Je ralentis au ravitaillement, mais je ne m’arrête pas une seule fois de peur de ne pouvoir repartir. Je saisis les gobelets au vol, je trempe ma
casquette dans les baquets et j’aspire un gel au 30ème km. Je ne profite même plus des beautés de Vienne, sans doute immaculées sous le
soleil d’Avril. Nous avons fait le tour de la ville, la veille, en bus, et demain nous devrions nous y promener (clopin/clopant) pour savourer toute sa magnificence.
Je ne regarde que l’asphalte de la chaussée, parfois encombrée des gobelets du ravitaillement ou de bouteilles de boisson énergétique à moitié
pleine. Je m’accroche à un concurrent tout en bleu qui me dit quelques mots. Je ne comprends que « schwer » (difficile en allemand).
J’acquiesce, une grimace aux coins des lèvres. Je ne veux penser à rien, sauf à Greg dont je ne sais rien.
Plus les km passent, plus il y a de coureurs qui ralentissent et s’arrêtent. Un peu partout, on marche et on
s’étire, sauf les relayeurs (à 2, 3 ou 4 au choix sur le marathon) frais et sautillants. Je les envie…
Au ravitaillement du 35ème j’entends « allez Nadia ! ». Sans doute Greg ? Sûrement lui : je n’ai pas de fan club ici… Je me retourne en buvant, est-ce qu’il court toujours, est-ce qu’il a abandonné ? Puis je reprends mon rythme de course, écoeurée par la dernière quantité de gel que je viens de prendre. Le martèlement sur mes pouces de pieds reprennent, plus violents qu’auparavant. J’en ai marre. Je double un coureur qui tient des chaussures à la main… Je l’envie aussi.
Je vais tenir
J’entends « allez la France ; ça va ? » Un Français m’interroge. « C’est dur, mais je vais tenir » lui dis-je. Je croise des étudiantes françaises, hystériques sur le trottoir de gauche qui me crient « allez les bleus ». Je décompte les km restants sur mes doigts à chaque affichage kilométrique.
J’allonge ma foulée au 40ème, j’ai l’impression de courir dans un couloir qui se rétrécit jusqu’à l’arrivée, grandiose. Je foule un
tapis de verdure artificielle, les bras au ciel, les larmes aux yeux avant de franchir la ligne d’arrivée en 4h01mn23s. Je m’appuie à la grille à quelques mètres de là. Je pleure à chaudes
larmes. J’évacue la douleur et la fatigue. Je bois et je mange une banane.
Plus loin, j’inspecte la tente des premiers secours et l'espace massage avant de me poster devant. C’est notre lieu de rendez-vous. Ma
belle-mère était déjà là, fidèle supportrice. Pas de nouvelles de Greg.
Je vais récupérer mon sac et mon téléphone. La consigne était la suivante : en cas d’abandon il devait me laisser un message. Au passage, je traverse l’espace douche : un parterre d’hommes nus qui s’offre à ma vue ; que du bonheur !
Au retour, ma belle-mère m’informe que Greg est arrivé. Je vais rendre ma puce pour récupérer les 25 euros de consigne. Je tombe dans ses bras, les larmes aux yeux. L’émotion me serre le cœur. J’ai tellement espéré qu’il finirait.
SEJOUR DE QUATRE JOURS AVEC THOMAS COOK MARATHONS
Jean-Michel, Hubert, Gérard, Josette et Didier étaient également du voyage avec Thomas Cook Marathons
Départ le vendredi 25 Avril 2008 (décollage de Paris CDG à 9h40. Arrivée à Vienne à 11h40). Retour le lundi 28 Avril 2008 (départ de l’hôtel à 15h. Décollage à 17h30. Arrivée à Paris CDG à
19h40) : cela permet de faire quelques musées et du shopping le lundi matin.
Hôtel : Wilhelmshof (près de la station de métro Pratestern. Ligne U1 Leopoldau - Reumannplatz). Chambre calme. Accès internet gratuit (deux ordinateurs au rez de chaussée). Petit déjeuner correct.
Transport : carte de transport valable 72h que l’on
peut acheter à l’hôtel (18,5 euros). Les déplacements en métro sont très simples et très rapides. Où que vous soyez tout est très bien indiqué. Il n’y a pas de tourniquets. Cette carte offre
également des réductions pour visiter les musées.
Tour de la ville en bus avec visite du château de Schönbrunn (réalisé la veille du marathon). Prix : 36 euros. Non compris
dans les prestations Thomas Cook. Durée : 3 heures. La visite du château et une petite balade dans le parc valent vraiment le coup. Le tour de la ville donne une bonne idée des endroits où
se rendre le lendemain du marathon pour prendre des photos.
Marathon expo : pour s’y rendre, prendre le tramway n°21 (arrêt Messestrasse) + 10 minutes à pied. Restauration sur place
possible mais pas très diététique et il n’y a pas de pâtes. En revanche, pas d’attente pour la remise des dossards. La plupart des bénévoles parlent un anglais de très bon niveau.
Restaurants à Vienne : chers dans le centre-ville. Beaucoup plus abordables en périphérie.
Exemples de restaurants italiens d’un bon rapport qualité prix :
Fiorino (le personnel parle français), Venezia (sur Prater Strasse. Métro Nestroyplatz).
Photos de la course : sur www.actionphoto.net (payant). Photos prises au 18e km sur
www.einkaufsstrassen.at (gratuit mais très peu de chance d’y figurer car le nombre de photos est limité).
Points forts du marathon : parcours sans difficulté dans une ville magnifique. La zone de départ, l’arrivée et
l’ambiance de fête après l’arrivée sur Heldenplatz. Possibilité de faire la course en relais. Ravitaillements en eau très fréquents. Dépôt et retrait des sacs. La visite de la ville avant et
après l’épreuve.
Points faibles du marathon : départ de plusieurs courses en même temps (marathon, semi). Il faut verser une caution de 28 euros
pour la puce. On récupère 25 euros quand on rend la puce après l’arrivée.
La victoire ailée
Temple de Thésée dans le Volksgarten
Palais de la Hofburg
Sommet du bâtiment de l’Opéra de Vienne
Il faut lever les yeux dans le Graben...
Toitures polychromes de la cathédrale Saint-Etienne
Manifestation en centre-ville contre l’élevage intensif des animaux
Marché de Vienne près de Karlsplatz
Les ''velibs viennois"
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