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Troisième marathon : nouvelle expérience…
Tout sauf du prévisible
La 25ème édition du marathon de Vienne s’est disputée sous un soleil radieux. Un plaisir au départ parce que le short et le débardeur à 8h30 sont parfois légers, mais un handicap par la suite.
L’acheminement au départ s’est fait facilement. Notre hôtel (Wilhelmshof) est situé près de la ligne de métro. Quatre arrêts plus tard (Kagran), nous apercevons en contrebas la foule colorée des coureurs déjà sur place. L’ambiance est détendue. Je me sens sereine. J’ai d’ailleurs très bien dormi la nuit précédente. Je ne me fixe pas vraiment de temps même si mon mari me rabâche depuis le début de l’entraînement que je peux terminer en 3h45. Mes temps de passage vont dans ce sens. Je me suis préparée sérieusement et régulièrement, mais je m’en moque un peu. Un marathon, c’est tout sauf du prévisible.
Me contenter de ce que je pourrai faire
Nous avions commencé les entraînements ensemble. L’arrêt prématuré de sa préparation m’a atteinte même si je ne lui en ai rien dit. Je sais quel challenge c’est pour lui de courir ce marathon et la compétition amicale et complice entre nous n’est plus de mise. En réalité, je suis plus préoccupée par sa course que par la mienne.
Est-ce pour cela, est-ce parce que je sais que je ne suis pas suffisamment reposée (j’ai enchaîné des semaines de travail très lourdes), mais mon objectif aujourd’hui 27 avril 2008 est de finir (pas trop loin de mon temps de Tokyo si possible ; 4h04). Je saurai me contenter de ce que je pourrai faire !
Jusqu’au 17ème km j’ai tenu les temps avec un peu d’avance même. Ensuite, malgré un cardio qui affiche 85, 86 % de ma FCM, des ravitaillements réguliers en eau et en gel et le mouillage de la casquette pour éviter le coup de chaud, je sens que j’avance moins. Beaucoup trop tôt sur ce marathon, je commence à sentir des douleurs aux muscles des mollets. Les cuisses tirent un peu.
Je ne pense qu’à avancer
Mes pieds ont gonflé dans mes chaussures malgré une demi pointure de plus. (Les plus expérimentés me conseilleront de prévoir deux paires de chaussures dont une avec deux pointures de plus).
A chaque foulée, je sens mes gros orteils qui tapent contre le bout des chaussures. Le parcours en descente depuis le 20ème ne m’aide pas. Après le 25ème km, je souffre. J’avance et je ne pense qu’à avancer. Mon cardio me dit que je suis au seuil (88%). Je n’ai pas cette impression. Ma cadence est beaucoup moins soutenue qu’à l’entraînement à fréquence égale. Je ralentis au ravitaillement, mais je ne m’arrête pas une seule fois de peur de ne pouvoir repartir. Je saisis les gobelets au vol, je trempe ma casquette dans les baquets et j’aspire un gel au 30ème km. Je ne profite même plus des beautés de Vienne, sans doute immaculées sous le soleil d’Avril. Nous avons fait le tour de la ville, la veille, en bus, et demain nous devrions nous y promener (clopin/clopant) pour savourer toute sa magnificence.
Je ne regarde que l’asphalte de la chaussée, parfois encombrée des gobelets du ravitaillement ou de bouteilles de boisson énergétique à moitié pleine. Je m’accroche à un concurrent tout en bleu qui me dit quelques mots. Je ne comprends que « schwer » (difficile en allemand).
J’acquiesce, une grimace aux coins des lèvres. Je ne veux penser à rien, sauf à Greg dont je ne sais rien.
Plus les km passent, plus il y a de coureurs qui ralentissent et s’arrêtent. Un peu partout, on marche et on s’étire, sauf les relayeurs (à 2, 3 ou 4 au choix sur le marathon) frais et sautillants. Je les envie…
Au ravitaillement du 35ème j’entends « allez Nadia ! ». Sans doute Greg ? Sûrement lui : je n’ai pas de fan club ici… Je me retourne en buvant, est-ce qu’il court toujours, est-ce qu’il a abandonné ? Puis je reprends mon rythme de course, écoeurée par la dernière quantité de gel que je viens de prendre. Le martèlement sur mes pouces de pieds reprennent, plus violents qu’auparavant. J’en ai marre. Je double un coureur qui tient des chaussures à la main… Je l’envie aussi.
Je vais tenir
J’entends « allez la France ; ça va ? » Un Français m’interroge. « C’est dur, mais je vais tenir » lui dis-je. Je croise des étudiantes françaises, hystériques sur le trottoir de gauche qui me crient « allez les bleus ». Je décompte les km restants sur mes doigts à chaque affichage kilométrique.
J’allonge ma foulée au 40ème, j’ai l’impression de courir dans un couloir qui se rétrécit jusqu’à l’arrivée, grandiose. Je foule un tapis de verdure artificielle, les bras au ciel, les larmes aux yeux avant de franchir la ligne d’arrivée en 4h01mn23s. Je m’appuie à la grille à quelques mètres de là. Je pleure à chaudes larmes. J’évacue la douleur et la fatigue. Je bois et je mange une banane.
Plus loin, j’inspecte la tente des premiers secours et l'espace massage avant de me poster devant. C’est notre lieu de rendez-vous. Ma belle-mère était déjà là, fidèle supportrice. Pas de nouvelles de Greg.
Je vais récupérer mon sac et mon téléphone. La consigne était la suivante : en cas d’abandon il devait me laisser un message. Au passage, je traverse l’espace douche : un parterre d’hommes nus qui s’offre à ma vue ; que du bonheur !
Au retour, ma belle-mère m’informe que Greg est arrivé. Je vais rendre ma puce pour récupérer les 25 euros de consigne. Je tombe dans ses bras, les larmes aux yeux. L’émotion me serre le cœur. J’ai tellement espéré qu’il finirait.