COURSE A PIED : INFOS PRATIQUES, PHOTOS, TEMOIGNAGES, CROSS, RAIDS, ULTRA, MARATHONS, SEMI-MARATHONS, 10 KM...
Nadia et Giacomo
Nadia Bretheau-Mancel a couru le marathon de Tokyo en février 2007. En 4h04, elle avait alors pulvérisé son record sur cette distance de 28 minutes malgré le vent et la pluie. 25873 participants + 5567 pour le 10 km. Départ de Shinjuku (près de la mairie de Tokyo). Arrivée à Tokyo Big Sight dans la baie de la ville. Ci-dessous le récit de Nadia
Tokyo, dimanche 18 février 2007, 6h30 du matin : départ de l’hôtel pour la Mairie d’où sera lancé le Marathon 2007.
C’est une chance pour Giacomo (un coureur italien avec qui nous avons fait connaissance à l’hôtel) et moi, puisque c’est la première année que des coureurs étrangers ont la possibilité d’y participer (en dehors des élites).
Le centre ville étant interdit à la circulation, nous devons prendre le train avec Youki, notre accompagnatrice japonaise. Sitôt sortis de l’hôtel, le décor est planté : 5°C, pluie battante et glacée, brume.
Arrivés sur les lieux du départ, seuls les coureurs sont admis sur présentation de leur dossard. Nous franchissons les barrières. Un sous-sol immense s’offre à nous, bondé de monde. Nous nous frayons un chemin : certains mangent, d’autres s’étirent, d’autres encore se changent ou s’enduisent d’huile ou de baume, il y en a encore qui s’échauffent…
C’est vrai qu’en plus du marathon, se court un 10 Km !
Tout cela fleure bon les préparatifs et même à 12 heures de vol de la France, sur un autre continent, les préoccupations des coureurs restent les mêmes. C’est rassurant. Pour mon 2ème marathon, je retrouve des impressions qui me sont familières et en même temps je ressens dans ces rituels d’avant course comme une solennité : peut-être le sentiment que chacun ici est venu pour faire de son mieux et ira chercher le meilleur. C’est peut-être aussi ce que je pensais à ce moment-là…
Je m’étais fixée 3h59, j’ai fini en 4h04 ; soit 28 mn de mieux que lors de mon premier marathon au Mont Saint-Michel en Juin 2006… mais je ne le savais pas encore.
Transie de froid
8h15, il était temps de déposer les affaires dans les bus, de se couvrir du poncho en plastique remis par l’organisation et de se diriger vers les sas. C’est là que j’ai perdu Giacomo. En fait de « je te retrouve sous le pont » pour aller ensemble au départ, je ne l’ai revu qu’au 33ème Km ! Pas d’indication, je savais seulement que le départ se ferait en hauteur. Alors, seule au monde, je suis la foule avec une boule à l’estomac en pensant au challenge qui m’attend. Une pancarte avec une lettre de l’alphabet surgit au détour d’une courbe. C’est un L. Moi, je suis G (4h15). Je récite dans ma tête…E, F, G, H, I, J, K, L. C’est avant pour moi. Je remonte tant bien que mal une partie de l’alphabet, j’enjambe les cordes de séparation des sas et je me place entre un Anglais aussi transi de froid que moi et un Japonais qui n’arrête pas de sautiller.
La pluie a redoublé, la route est inondée. 40 minutes vont s’écouler jusqu’au départ, ponctuées de discours inaudibles, de chants et d’applaudissements auxquels je participe sans rien comprendre mais pour me réchauffer et bouger un peu. Je claque des dents, recroquevillée dans mon poncho et je rêve déjà d’un bain chaud... A côté de moi, mon Anglais me demande d’où je viens. Lui est nouvellement installé à Tokyo et va courir son premier marathon. Nous échangeons quelques paroles d’encouragement et de réconfort. Soudain des pétards, de la fumée. La foule des coureurs s’ébranle. Nouvel arrêt puis re-départ. Ça y est, le marathon est lancé. Je passe la ligne de départ reconnaissable à son crépitement. J’ai déclenché mon chrono 10 secondes trop tôt de peur de l’oublier, tant pis…
Enfin je peux bouger. Je ne sens plus le froid ni l’humidité. La course est lancée pour moi.
Le marathon et le 10 Km vont se courir ensemble. Je prends l’option de courir à droite et ma foi cela m’a permis de dépasser assez facilement et trouver rapidement ma vitesse de croisière. Première indication kilométrique au 3ème Km puis tous les 2 Km jusqu’au 35ème. Ensuite tous les kilomètres seront indiqués jusqu’à l’arrivée.
J’essaie de me caler sur un coureur pour gagner en régularité mais rien à faire. Je ne parviens pas à comprendre comment courent les Japonais. Certains accélèrent d’un coup, je les retrouve quelques kilomètres plus loin où je les dépasse, pour être à nouveau dépassée par une flèche qui surgit de nulle part. Incroyable… Je continue de me fier à mon cardio, c’est plus sage : je pense « de la régularité » comme dit mon coach…
Bandes en titane

Surprenant aussi, certains coureurs ont de longues bandes collées sur les jambes, derrière, sur les côtés. D’autres ont des sortes de petits pansements ronds collés sur les mollets, dans le cou, sur les épaules ou sur les bras… C’est en fait du titane utilisé pour soulager les muscles pendant l’effort.
Au début, je ne vois pas grand chose de la ville. En vérité pendant les 5 premiers kilomètres je suis plus concentrée sur ma course. 5ème Km, je tiens les temps, j’ai même une minute d’avance, si je continue comme ça je vais peut-être faire un bon truc… et «ça » continuera jusqu’au 35ème.
Rassurée, je m’imprègne alors de l’ambiance extérieure ; il fallait être aveugle et sourde pour ne pas se laisser aller à l’ambiance festive de cette journée.
De chaque côté des grandes avenues, les spectateurs (Tokyoïtes de tous âges et de toutes conditions, quelques rares étrangers aussi) nous encouragent : petits instruments mi-bambou mi-cloche tintant sur notre passage, applaudissements, paumes des mains ouvertes pour que les coureurs tapent dedans, animations musicales et costumées, phrases scandées en japonais et en anglais, pancartes, guirlandes… tout concourt à la fête. Cela fait chaud au cœur et ne tarira pas jusqu’à l’arrivée. Quelques coureurs déguisés sur le parcours : spiderman, peluche jaune grandeur nature, bunny, serveuse…
7ème kilomètre, je retire mon poncho en plastique, je sais maintenant que je n’en aurai plus besoin même s’il pleut plus fort. La pluie ne faiblira que dans les derniers kilomètres. Mon maillot à manches longues me suffit. Sa texture rejette suffisamment l’humidité pour que je me sente bien. Le short était une bonne option également.
Beaucoup de coureurs sont en long (haut et bas) parfois avec deux épaisseurs de maillot. La mauvaise option je pense c’était le T-shirt en coton parce que gardant trop l’humidité.
Au 10ème Km, après avoir laissé les coureurs du 10 Km prendre une voie balisée à droite, les marathoniens prennent celle de gauche. Là, je repère un coureur avec un maillot jaune et un kangourou dessiné dessus. Je me rends compte que son allure est proche de la mienne. Je l’ai suivi jusqu’au 20ème avant de le rattraper et de le dépasser. Je ne l’ai pas revu.
Organisation au top
Je prends un gel (et tous les 10 Km suivants). Je me ravitaille en eau tous les 5 Km. Rien de plus. Je préfère être autonome pendant la course. Heureusement pour moi car les ravitaillements en solide ne sont apparus qu’après le semi : bananes et sucres (mouillés à cause de la pluie). Deux autres ravitaillements au 27ème et au 33ème Km.
Au 15ème, en sens inverse, les coureurs des 3h30 défilent : impressionnants…
A partir du semi-marathon, les spectateurs proposent aux coureurs des bonbons et des parts de gâteaux faits maison. Quant au premier ravitaillement en eau, il s’est fait au 2,5ème Km (boisson isotonique « Amino Value » au goût de limonade éventée) puis au 5ème Km boisson isotonique et eau. Ils se succèderont respectivement tous les 2,5 Km pour l’Amino Value et tous les 5 Km pour l’eau.
Tout au long du parcours, les bénévoles ramassent tout ce que les coureurs peuvent jeter (bouteilles, ponchos, emballages, gobelets) et nettoient la chaussée de façon méthodique. L’organisation est au top, jusqu’aux toilettes disséminées tous les 3 Km et souvent situées un peu à l’écart du parcours du marathon.
Au 33ème, j’entends « qu’est-ce que tu fais là, toi ? ». C’est Giacomo qui me dépasse et me lance au passage « je t’attends à l’arrivée ! ».
Succession de ponts
Le parcours est resté plat jusqu’au 35ème. Ensuite, les premiers ponts ont pointé le bout de leur nez dans la baie de Tokyo. Ils sont au nombre de 5. Montées et descentes se succèdent et mes mollets commencent à me faire souffrir, peut-être à cause du froid. Toujours est-il que je maintiens l’allure en côte mais je dois ralentir en descendant d’autant que mon genou gauche commence méchamment à me faire mal. Une douleur soudaine l’irradie tout d’un coup, au point de me faire courir en boitant. Je me suis dit à ce moment-là « surtout ne pas s’arrêter, sinon tu ne repartiras pas… ». Autour de moi, des marcheurs, des coureurs entrain de s’étirer, et encore des marcheurs. J’avais déjà auparavant tapoté sur les épaules de deux ou trois d’entre eux qui claudiquaient pour les encourager. C’est dans ces moments-là qu’on a le plus besoin de soutien, quand la douleur et la fatigue nous tiraillent.
Plus que deux kilomètres et je passerai la ligne… Je savais alors que le chrono n’avait plus d’importance, il fallait finir. Et alors j’ai entendu « allez Nadia, accroche-toi ! » et j’ai vu pour la troisième fois sur le parcours mon super coach. On m’aurait fait une piqûre d’amphétamine ça n’aurait pas été plus stimulant. Bref, j’ai accéléré, je pouvais finir en moins de 4h05. Ce fut fait en 4h04’41.
Tout s'accélère à l'arrivée : congratulations en japonais, médaille, une fleur pour les femmes, un poncho pour avoir chaud, ravitaillements divers, rendre la puce, récupérer mon sac d’affaires, me changer et retrouver mon coach de mari et Giacomo au meeting point. Du bonheur, rien que du bonheur.
Parcours du marathon de Tokyo :
Parcours assez rapide jusqu'au 35e km. On perd du temps sur les sept derniers km avec le passage de plusieurs ponts.