COURSE A PIED : INFOS PRATIQUES, PHOTOS, TEMOIGNAGES, CROSS, RAIDS, ULTRA, MARATHONS, SEMI-MARATHONS, 10 KM...
Par Patrick

Mardi 1er Avril
Etape n°3 : OUED EL DJAID – BA HALLOU : 40,5 KM (mon temps : 7 H 23)
Cette étape a été très éprouvante. J’ai dû puiser dans mes réserves et je n’ai pas pu gérer et m’économiser comme je le souhaitais.
Les 10 premiers km sont en faux plat avec une succession de sols caillouteux et d’oueds sablonneux qui ne m’ont pas permis de dérouler ma foulée.
Puis entrée dans les dunes : une succession de vagues de sable avec en prime l’ascension d’un djebel à pic avec une chaleur avoisinant les 40 degrés.
Un membre du staff médical m’indique qu’il reste 4,5 km et que la température est de 47 degrés.
Je termine très fatigué.
A l’arrivée, je me dirige vers l’infirmerie car mes deltoïdes me font souffrir. De plus, ma main gauche est brûlée avec 2 ampoules en prime.
On me donne du miorel pour les épaules. Je suis optimiste car le poids de mon sac commence à diminuer car je consomme 700 g en volume et environ 3000 calories par jour.
Pour mes ampoules, je me dirige vers la clinique à l’instar de nombreux autres concurrents. Nous nous lavons les pieds avec de la betadine avant d’enfiler des pantoufles de chirurgien. Direction une petite salle d’attente improvisée.
On nous appelle dans une grande tente avec environ 30 docteurs, kinés et infirmières prêts à prodiguer des soins. Mes ampoules seront bichonnées.
Pour les brûlures, je mets de la biafine et décide de courir avec une chaussette sur la main gauche.
Coucher tôt car demain c’est l’étape longue : the « BIG ONE », celle qui fait peur à tout le monde. J’y pense depuis le début car les images de ARTE m’ont marqué. Les concurrents épuisés à bout de force qui ne cessaient de dire : « c’est de la folie ! »
J’ai du mal à imaginer qu’on puisse encore parcourir une telle étape après tous les efforts déjà consentis.
75 km dans le désert et le sable. Un 100 km, c’est de la rigolade !
Est-ce que je suis frais ? Mentalement oui, et mon sac a perdu entre 2,5 et 3 kg, mais physiquement…
Nous avons 30 heures pour réaliser cette étape mais mon souhait est de la boucler sans m’arrêter jusqu’à la tombée de la nuit pour avoir une journée complète de repos.
Mercredi 2 Avril
Etape N° 4 : BA HALLOU – OUED AHSSI – 75,5 KM – (mon temps : 14 H 22)
La nuit a été très agitée. Une tempête de sable s’est abattue sur le camp. Notre tente s’est écroulée, les affaires envolées… un cauchemar ! Impossible de me lever car trempé (merci Monsieur raidlight !).
« Au réveil », les sauterelles bleues s’abattent sur nous pour démonter les tentes.
Je reste très concentré et guère perturbé par ces petits soucis. Je pense à cette étape. Je veux la faire d’une seule traite.
Le départ est donné sur la musique de « beautiful days ».
Au bout de 10 km, un djebel se dresse devant nous. Une montée de 800 mètres, raide (25 pour cent de dénivelé). Il faut des cordes pour se tenir.
C’est un vrai miracle qu’il n’y ait pas eu de victime.
Mirage ?
La suite du parcours sera faite de dunettes, champs de cailloux, oueds rocheux, dunes, lacs asséchés et paysages montagneux.
A la tombée de la nuit, il me reste 15 km avant l’arrivée. Le soleil se couche. Les frontales s’allument petit à petit. Les bâtons lumineux vert fluo installés derrière nos sacs sont autant de points de repère.
Je m’arrête pour me ravitailler. Je mange du taboulé et repars sans tarder très motivé mais c’est l’obscurité totale. Je ne vois rien à part le ciel et les étoiles. J’essaie de courir mais impossible de voir le sol. Je bute régulièrement sur les cailloux. Alors je décide de marcher. 15 km en marchant c’est 3 à 4 heures. Il faut avoir le moral. Je suis les bâtons lumineux et je marche seul en pensant à la chanson de Goldman, longtemps seul... Je crois voir un mirage se profiler : les lumières de l’arrivée au loin.
Mais non, ce n’est pas un mirage ! Il s’agit bien du camp de base ! Je franchis la ligne vers 23h30. Je récupère mes trois bouteilles d’eau et rejoins la tente N° 43.
ALBERT, GERARD et MONIQUE dorment.
Pour moi, impossible de fermer l’œil. J’ai froid et ne peux me réchauffer mais je suis satisfait de mon étape et du devoir accompli.
Le lendemain, le jour se lève. Le soleil et la chaleur sont une délivrance pour moi.
En déjeunant, je vois passer des « éclopés ». Certains coureurs mettront 30 heures pour achever cette 4ème étape.
Je récupère et je bois régulièrement jusqu’à retrouver des urines claires.
J’en profite pour faire un brin de toilette mais 6 bouteilles d’eau c’est peu et la priorité c’est de m’hydrater et faire la popote.
Etirements, sieste avec MP3 et massage à l’arnica.
A SUIVRE...